Quand on aborde le sujet de l’entrepreneuriat féminin, tu as sûrement déjà entendu la version officielle : les femmes entreprennent de plus en plus, c’est formidable, tout va dans le bon sens. C’est vrai. Et en même temps, ce n’est qu’une moitié de l’histoire.
L’autre moitié, celle qu’on dit moins, c’est qu’elles créent presque autant d’entreprises que les hommes, mais captent une fraction de la richesse générée. Qu’elles tiennent, souvent mieux, dans un système qui ne les accompagne pas assez. Et que si elles restent, ce n’est pas parce que c’est facile. C’est parce qu’elles ont appris à faire de la contrainte une méthode.
On a voulu creuser un peu plus le sujet : où on en est, nous les femmes entrepreneuses ? On regarde les chiffres en face, et aussi la réalité qui n’est pas toujours alignée avec eux. On a creusé, et on est tombées sur pas mal de surprises.
Voyons ce que disent les chiffres
Selon le Baromètre 2026 de l’entrepreneuriat des femmes en France 1
- 39% des créations d’entreprises sont portées par des femmes
- 29% de la chaîne entrepreneuriale globale (contre 26% en 2021)
- La volonté d’être son propre patron grimpe de 27% à 37% chez les femmes en quelques années
- Mais seulement 32% déclarent avoir bénéficié d’un accompagnement
- Et surtout : les entreprises dirigées par des femmes, un quart des micro, PME et ETI françaises, ne captent que 12,45% du chiffre d’affaires généré 2, soit deux fois moins que leur poids réel
Et une statistique qu’on voit rarement, alors qu’elle mérite d’être partout : chez les micro-entrepreneuses, le taux de survie à 5 ans est de 45%, contre 36% chez les hommes. Elles créent moins de richesse visible, mais elles tiennent mieux dans la durée.
C’est ce paradoxe qui nous interpelle…
Une première explication : l’argent
Un chiffre dit déjà beaucoup : seules 11% des levées de fonds vont à des entreprises portées par des femmes
Même avec un projet solide, l’argent est plus dur à obtenir pour une femme. L’argent est plus dur à obtenir pour une femme.
Alors on avance avec ce qu’on a. Et ce qu’on a, ça se traduit très concrètement : pas de budget pub pour se faire connaître au démarrage, donc on compte sur le bouche-à-oreille et les réseaux sociaux gratuits, plus lents. Pas de trésorerie tampon pour tester, se planter, recommencer, donc on prend moins de risques, on choisit le prudent plutôt que l’ambitieux.
Et souvent, on se tourne vers des activités qui demandent peu de mise de fonds pour démarrer, des secteurs mécaniquement moins rentables au départ. Avec comme résultat que le chiffre d’affaires met plus de temps à décoller parce qu’on part avec moins de carburant.
Et ça se voit dans les chiffres : 59,3% des créations dans les « autres activités de services », 54,6% dans la santé et l’action sociale3. Des secteurs utiles, essentiels même, mais rarement ceux qui lèvent des millions.
Et ça rejoint le paradoxe de tout à l’heure : moins de capital, mais un meilleur taux de survie à 5 ans. On avance plus lentement, peut-être. Mais sur des bases qu’on a dû construire nous-mêmes, sans filet.
Heureusement, il existe de vrais coups de pouce pour compenser ce manque de départ, on y revient en détail un peu plus bas.
Entrepreneuriat féminin : le double rôle
Dans beaucoup de couples, c’est l’homme qui a le salaire principal, stable, sécurisé. Le business de madame, lui, reste souvent « en plus ». Un projet qu’on peut mettre de côté si un enfant est malade, si la maison réclame de l’attention, si quelqu’un doit être là.
Notre business existe, mais on ne lui donne pas assez d’importance. Il vient souvent après. Après que tout le monde dort, après la lessive, la vaisselle, encore quelques rangements… quand il reste enfin un peu d’énergie.
On annule un rendez-vous client parce qu’un enfant a de la fièvre. On repousse une prospection pour aller chercher le pain, faire une course urgente. On ouvre l’ordinateur à 22h, une fois la maison calme.
Et, ça coûte cher. Moins de temps, moins d’énergie, moins de résultats. Et moins de résultats, ça donne l’impression qu’on avait raison de le traiter comme secondaire. C’est un cercle, et il se referme tout seul.
La charge à la maison suit le même chemin. Le linge, les devoirs, les courses, l’organisation de tout le monde : ça continue de reposer sur les femmes, même quand elles portent une vraie activité à côté. Devenir cheffe d’entreprise ne retire jamais rien à la maison. Ça s’ajoute, c’est tout.
Ce n’est pas toujours une question d’organisation. Sarah Bloyet, fondatrice d’Assistarya, agence d’assistance virtuelle, le confirme : le vrai problème, c’est qu’on essaie de faire tenir quinze heures de travail dans une journée de huit. Aucun planning ne règle ça.
Ce qu’il faut, c’est déléguer certaines tâches, à un prestataire ou à son conjoint, de sa vie perso ou pro : l’administratif, le ménage, la logistique du quotidien. Ce n’est pas un luxe, c’est un investissement dans notre énergie, celle qui fait tourner notre business.
💡 Si ce déséquilibre pèse au quotidien, notre article sur l’équilibre entre entrepreneuriat et vie de famille donne des pistes concrètes.
Maternité et entrepreneuriat : le risque d’interruption d’activité
On passe des mois à structurer une activité, à trouver ses premières clientes, à poser ses fondations. Et puis un jour, la question de la maternité arrive. C’est là que le décalage saute aux yeux : il n’y a presque aucun cadre pour protéger ce moment d’exception dans la vie d’une femme…
Une salariée, elle a des repères clairs : un congé de maternité légal, une durée fixée, un poste garanti au retour. En indépendante, la réalité est tout autre :
- L’activité tourne uniquement si on la fait tourner.
- Les clientes attendent… ou finissent par aller voir ailleurs.
- La trésorerie ne prend pas de pause quand on en prend une.
72 % des femmes indépendantes reprennent leur activité avant la fin de leur congé maternité. Plus parlant encore : 34 % reprennent dans la semaine qui suit l’accouchement.4 Pas par choix, mais par crainte de perdre leur clientèle durement construite.
L’illusion de la couverture sociale
Pourtant, on cotise. Beaucoup. Près de 30% part à l’URSSAF, chaque mois, sans exception. On a une mutuelle, une RC pro, tout l’attirail qui donne l’impression d’être couverte. Sauf que pour la maternité, cette couverture reste minimale, loin de compenser ce qu’on risque de perdre en s’arrêtant.
Pourtant, sur le papier, le congé maternité entrepreneure existe. 16 semaines pour un premier ou deuxième enfant, jusqu’à 26 semaines à partir du troisième. Une allocation forfaitaire (jusqu’à 4 005€) et des indemnités journalières (jusqu’à 65,84€/jour), sous conditions d’affiliation et de revenus déclarés. On détaille tout ça, chiffres et démarches, dans notre guide congé maternité freelance.
Le vrai problème, ce n’est donc pas l’absence de droit. C’est l’écart entre ce droit et la réalité du terrain.
Le montant dépend des revenus des 3 années précédentes, donc souvent faible pour une jeune entrepreneure ou une activité irrégulière. Et surtout, personne ne prend le relais côté clients pendant qu’on est absente. C’est pour ça que 72% reprennent trop tôt : pas parce que le congé n’existe pas, mais parce qu’il ne couvre pas le risque de ce qu’on perd en s’arrêtant.
Le baromètre Créatrices d’Avenir5, mené auprès de 615 dirigeantes, confirme ce vécu :
- 37% estiment que la maternité est perçue comme un frein ou un risque dans leur parcours.
- 46% pensent que ça dépend du milieu ou des interlocuteurs. En clair : le sujet reste sensible presque partout.
- 91% jugent nécessaire de renforcer l’aide : un accès plus facile à des solutions de garde d’enfants, des aides financières adaptées à la réalité et des réseaux de soutien pour ne pas vivre ce moment isolée.
Des initiatives de terrain qui émergent
Face à ce vide, Chloé Egger découvre la faille en la vivant elle-même de l’autre côté : elle remplace une consœur pendant son congé maternité. De cette expérience naît Femmes Clés, un service qui met en relation une indépendante qui s’absente avec une consœur aux compétences équivalentes, briefée sur ses dossiers le temps du congé.
📚 Pour creuser le sujet :
- Nos 7 astuces pour concilier entrepreneuriat et maternité sans culpabiliser, pour poser des solutions concrètes plutôt que de la culpabilité en plus
- Notre guide sur le congé maternité en freelance, pour comprendre précisément tes droits selon ton statut.
Se choisir, enfin : la reconversion après 40 ans
Il y a un autre profil qu’on croise souvent, différent, mais qui vient du même endroit. Pendant toutes ces années, elle a porté beaucoup : la maison, les enfants, et souvent un travail à côté, à temps partiel ou pas, qu’il a fallu caser entre deux rendez-vous, deux devoirs à surveiller, deux courses à faire.
Elle n’a jamais vraiment eu le luxe de choisir entre sa vie professionnelle et le reste. Elle a fait les deux, en même temps, tout le temps. Pendant que son mari construisait sa carrière, portait le salaire principal, avançait professionnellement sans jamais avoir à choisir entre les deux.
Et puis les enfants grandissent. Ils partent, ou ils ont simplement moins besoin d’elle au quotidien. Et une question arrive, souvent pour la première fois depuis longtemps : et moi, dans tout ça ?
Ça concerne bien plus de femmes qu’on l’imagine. En France, l’âge moyen des créatrices d’entreprise est de 43 ans6. Et selon Bpifrance Le Lab7, les créations après 45 ans sont presque toujours des reconversions mûries, jamais des coups de tête. Une accumulation lente, presque silencieuse, de compromis acceptés trop longtemps, jusqu’au jour où on décide de ne plus les accepter.
Se choisir, enfin. Mais pas seulement
Se choisir, oui, ça compte énormément. 56% des entrepreneuses citent le sens comme moteur principal, un chiffre en hausse de 12 points. L’entreprise devient une façon de se réapproprier ses propres choix.
Mais il y a aussi une raison plus terre à terre, qu’on ose rarement dire tout haut : des années éloignées du marché du travail, ça se paie. En droits à la retraite, d’abord, souvent amputés sans qu’on s’en rende vraiment compte sur le moment. Et en vulnérabilité pure, si un jour une séparation ou un veuvage arrive et qu’il faut se retrouver seule, sans revenu propre depuis longtemps. Entreprendre, à ce moment-là, c’est aussi se reconstruire un capital à soi, pas juste par envie, mais par nécessité.
Ce que ces années ont vraiment construit
Ces années ne sont pas un trou dans un CV, qu’elles se soient jouées à la maison, au bureau, ou les deux à la fois. Une assistante de direction qui a géré un agenda, des priorités, une équipe pendant quinze ans sait déjà tout ce qu’il faut pour se lancer comme assistante virtuelle indépendante. Une femme qui a tenu un budget familial serré, négocié avec une école ou un artisan, organisé une logistique à plusieurs personnes, tenu sous la pression d’un imprévu, a déjà fait, littéralement, de la gestion de projet. Elle n’a juste jamais eu de ligne sur une fiche de paie pour ça.
Ces compétences solides sont exactement celles dont on a besoin pour se lancer dans l’entrepreneuriat.
Partir avec moins, mais partir quand même
Ce nouveau départ arrive rarement avec des moyens à la hauteur de l’envie :
- Pas d’épargne dédiée à ce projet.
- Pas de réseau professionnel entretenu pendant toutes ces années où l’attention était ailleurs.
- Pas de droits au chômage à mobiliser, faute de salaire récent.
- Et souvent, un sentiment d’être larguée par les outils numériques et les codes du travail actuel, qui ont changé pendant qu’on regardait ailleurs.
Le paradoxe des aides pour les femmes en reconversion : un profil qui rentre rarement dans les cases
Les femmes qui se lancent dans l’entrepreneuriat après 40 ans démarrent souvent avec peu de ressources, mais avec une détermination immense, presque une rage de rattraper ce qu’elles n’ont pas pu construire plus tôt, pour elles.
Le problème ? Ce profil ne rentre dans aucune case administrative classique. Pour ouvrir des droits au chômage, il faut avoir travaillé récemment, dans un cadre précis. Si les années qui précèdent ont été marquées par une interruption, un mi-temps subi, ou un poste quitté depuis longtemps, ces droits ne sont souvent plus mobilisables.
Et en plus :
- Pas de statut « jeune créatrice » ouvrant droit aux concours ou incubateurs axés sur la tech et les profils post-études.
- Pas d’épargne dédiée sanctuarisée pour le projet, celle-ci ayant souvent servi à la gestion du foyer.
Avec pour résultat qu’elle n’est ni la salariée en reconversion classique couverte par Pôle Emploi, ni la jeune diplômée qu’on accompagne en priorité. Elle est simplement en train de se choisir, avec ce qu’elle a sous la main.
Réduire le risque : l’attrait des modèles accompagnés et du collectif
Pour compenser l’absence de réseau professionnel immédiat ou la peur de l’isolement, beaucoup de ces créatrices s’orientent vers des formes d’entrepreneuriat encadré, comme la franchise, le commerce associé, la reprise d’activité ou l’intégration d’incubateurs dédiés.
Ces modèles répondent à un besoin fondamental : entreprendre sans partir d’une feuille blanche. S’appuyer sur un concept éprouvé, des formations ciblées et surtout un réseau de consœurs permet de limiter les incertitudes économiques, d’accélérer la montée en compétences et de briser la solitude du démarrage.
💡 Pour aller plus loin : retrouve les structures d’accompagnement, incubateurs et collectifs régionaux dans notre Annuaire des réseaux d’entrepreneuriat féminin.
Charge mentale et burnout des femmes entrepreneures : la surchauffe invisible
Sur le terrain, l’épuisement des entrepreneuses se manifeste rarement par un simple coup de fatigue. Il prend la forme d’une surcharge permanente, intégrée au quotidien jusqu’à paraître normale.
Mais, pourquoi les femmes laissent la situation aller si loin ? Parce que ce surépuisement s’installe en catimini pour trois raisons fondamentales :
- L’impression qu’il faut en faire deux fois plus
Dans un monde où il est plus dur d’obtenir des financements et de se sentir légitime, beaucoup s’imposent un niveau d’exigence épuisant pour prouver qu’elles ont leur place. C’est le prix silencieux à payer pour ne pas décevoir. - La gestion du foyer qui ne s’arrête jamais
Passer à son compte ne change rien aux habitudes à la maison. Les enfants, les rendez-vous, la logistique… la responsabilité continue d’imposer le même rythme. On n’a pas l’impression d’en faire « trop », juste d’assumer ce qu’on a toujours fait, même si tu as un business à gérer à côté. - Le piège de la fausse liberté
Travailler à son compte est censé offrir du temps et de la liberté. En réalité, cette flexibilité sert souvent à éponger les imprévus familiaux, le fameux « vu que tu es à la maison, tu peux repasser déposer ce courrier ou aller chercher l’enfant malade à l’école ». Résultat : le travail pro est repoussé le soir ou le week-end, et la frontière entre vie perso et boulot disparaît.
Ce n’est ni un manque d’organisation, ni une fragilité individuelle : c’est la conséquence d’un modèle où la contrainte est devenue une méthode de gestion quotidienne.
Désorganisation ou vraie surcharge ?
Face à cet épuisement, le réflexe le plus courant est de se dire qu’on manque d’organisation, de chercher une nouvelle méthode ou une appli de productivité.
Sarah Bloyet, fondatrice d’Assistarya et invitée dans notre Paroles d’Experte, dresse un constat très clair après des centaines d’accompagnements : dans la majorité des cas, ce diagnostic est faux. Les entrepreneuses ne sont pas désorganisées, elles sont surchargées. Et ce sont deux choses très différentes.
Concrètement, ça veut dire gérer seule dix métiers à la fois : la prestation ou le produit, mais aussi l’administratif, la communication, la gestion financière et le commercial. Aucune méthode d’organisation ne peut faire rentrer quinze heures de travail réel dans une journée de huit heures.
Pourquoi les femmes entrepreneures tiennent malgré tout
Voilà le vrai paradoxe. Avec moins de capital, moins d’accompagnement, une charge mentale plus lourde et un système qui ne les couvre pas assez sur la maternité, comment expliquer que les entrepreneuses survivent mieux à 5 ans que les hommes ?
- Elles pèsent chaque risque
Grandir, ça veut dire plus de démarches, plus d’engagements financiers et souvent plus de charge mentale. Quand le quotidien est déjà bien rempli, préférer rester à une taille maîtrisable est une décision prudente, pas un manque d’envie. - Elles cherchent d’abord à être alignées
Plus de 56 % se lancent pour faire un métier qui a du sens. Quand le chiffre d’affaires met du temps à décoller, c’est cette envie d’être utile qui les fait tenir. - Elles gèrent au centime près
Sans gros budget de départ, pas le choix : on ne prend pas de locaux trop chers, on ne dépense pas inutilement. Cette prudence forcée devient leur meilleure protection contre la faillite.
Et les chiffres confirment quelque chose d’important : l’entreprise, elle, ne s’effondre pas plus qu’ailleurs. Les entreprises dirigées par des femmes représentent 27,1% des radiations8, un poids strictement proportionnel à leur part dans les créations. Le business tient.
Mais ça ne veut pas dire que tout va bien. Le business tient souvent au prix de celle qui le porte…
Les aides pour femmes entrepreneurs
Heureusement, il existe des aides pour compenser cette difficulté d’accès au financement qu’on vient de voir. En voici les principales, concrètement :
La Garantie ÉGALITÉ Femmes
Pilotée par Bpifrance et déployée par France Active (elle remplace l’ancien FGIF).
- Couvre jusqu’à 80% d’un prêt bancaire, dans la limite de 50 000€
- Aucune caution personnelle à donner
- Coût : 2,5% du montant garanti
- Pour créer, reprendre ou développer une entreprise de moins de 5 ans
- Attention particulière pour les femmes en recherche d’emploi ou en situation de précarité
- On passe par l’antenne France Active de sa région, qui accompagne aussi sur la stratégie financière
Les aides régionales, souvent méconnues
Elles varient selon ta région, à creuser auprès de ta CCI locale. En Île-de-France par exemple, une aide directe de 1000€ (portée à 2000€ si tu as des enfants à charge) est versée en une fois.
L’accompagnement Bpifrance Création
Une liste de structures spécialisées (le collectif Cap Créa), avec des programmes ciblés selon ta situation : accompagnement classique, ou dispositifs renforcés pour les femmes les plus vulnérables (interruption d’activité pour raisons familiales, bénéficiaires du RSA, femmes isolées après une séparation).
Les réseaux pour sortir de l’isolement
Des réseaux comme WILLA ou Les Pionnières aident à sortir de l’isolement, souvent le vrai facteur de décrochage silencieux. D’autres réseaux existent aussi selon le besoin : Femmes Business Angels pour le financement par des investisseuses, Action’elles pour le mentorat entre pairs.
Voir tous les réseaux féminin
Rembourser une dette qu’on ne doit à personne
Il y a une force immense chez les entrepreneuses qui portent tout ça, une force vraie, tangible, qu’on ne peut pas nier. On gère le boulot, la maison, les enfants, et on tient là où beaucoup d’hommes auraient lâché.
Mais il est temps de nommer l’adversaire : ce conditionnement intériorisé qui nous demande d’être tout à la fois chef d’entreprise, mère parfaite, hôtesse irréprochable, toujours conciliante et jamais dérangeante.
Réussir son aventure entrepreneuriale, ce n’est pas chercher à rentrer à tout prix dans ces casoles impossibles. C’est réaliser qu’on n’a plus à s’excuser d’exister, de prendre de la place ou de fixer le juste prix pour son travail. Il est temps de fermer le chapitre de l’auto-exigence et d’écrire celui de notre propre souveraineté.
Le piège du syndrome de l’imposteur : un conditionnement intériorisé
Il y a un tour de passe-passe particulièrement vicieux avec le syndrome de l’imposteur : il nous fait croire que le problème vient de nous. Pas assez formée, pas assez légitime, pas assez prête.
Alors qu’en réalité, ce n’est pas une faille personnelle. C’est un conditionnement social qu’on finit par s’imposer toute seule, sans que personne n’ait plus besoin de nous le demander.
On ne nous a jamais appris à occuper l’espace. On nous a appris à être conciliantes, à ne pas déranger et à attendre qu’on nous donne la permission. Résultat ? Une fois à son compte, ce vieux réflexe se traduit par des choix de gestion très concrets qui freinent directement le business :
- La procrastination de précaution : repousser un lancement ou une offre parce qu’« il manque encore un détail », par peur du jugement.
- L’auto-effacement : laisser quelqu’un d’autre prendre le devants sur un projet ou renoncer à candidater à un grand appel d’offres alors qu’on a les compétences.
- La sous-tarification préventive : baisser son prix avant même la négociation, ou préférer envoyer un devis par e-mail plutôt que de l’annoncer de vive voix pour éviter le regard de l’autre.
Ce n’est pas un manque de compétences : c’est un système extérieur qui s’est transformé en une auto-exigence permanente. On ne manque pas de légitimité, on rembourse simplement une dette invisible qu’on ne doit à personne.
Pour aller plus loin :
- Comment vaincre le syndrome de l’imposteur
- Peur de parler en public avec Constance Vergnot
- Vente alignée et conditionnement
- Peur de grandir son entreprise
- Congé maternité freelance
- Entrepreneuriat et maternité : 7 astuces
Nos formations recommandées pour passer à l’action :
- Formation création d’entreprise CPF
- Formation gestion d’entreprise CPF
- Vivre de son artisanat
- Formation marketing digital / webmarketing CPF
FAQ L’entrepreneuriat féminin en France
Pourquoi le taux de burnout est-il plus élevé chez les entrepreneuses ?
75% des femmes entrepreneures jugent leur état de santé physique ou mental « mauvais », contre 64% chez les hommes, et 42% ont déjà traversé un burnout, contre 28% des hommes. L’écart s’explique par un cumul de responsabilités : la gestion globale de l’entreprise associée à la charge mentale du foyer, sans le cadre protecteur du salariat. À cela s’ajoute une pression d’auto-exigence et de légitimité liée à un conditionnement social intériorisé, qui pousse à surcompenser au quotidien.
Qu’est-ce que l’entrepreneuriat féminin ?
L’entrepreneuriat féminin désigne la création et la direction d’entreprises par des femmes, tous statuts et secteurs confondus. En France, il représente 39% des nouvelles créations d’entreprises et 29% de la chaîne entrepreneuriale globale, selon le baromètre 2026 de la Direction générale des Entreprises et Bpifrance.
Quel est le baromètre de référence sur l’entrepreneuriat féminin en France ?
Le baromètre officiel est publié chaque année par la Direction générale des Entreprises en partenariat avec Bpifrance. Infogreffe publie aussi son propre baromètre annuel, basé sur les données des greffes des tribunaux de commerce. D’autres baromètres régionaux existent, comme celui d’Initiative Île-de-France sur la maternité et l’entrepreneuriat.
Quelles sont les statistiques clés de l’entrepreneuriat féminin en France ?
39% des créations d’entreprises sont portées par des femmes, l’âge moyen des créatrices est de 40 ans, et le taux de survie à 5 ans atteint 45% chez les micro-entrepreneuses, contre 36% chez les hommes. En revanche, elles ne captent que 12,45% du chiffre d’affaires généré par l’ensemble du tissu économique féminin, et seulement 11% des levées de fonds leur reviennent.
Pourquoi les femmes entrepreneures gagnent-elles moins que les hommes ?
Plusieurs facteurs se cumulent : un accès plus difficile au financement initial, une orientation plus fréquente vers des secteurs moins capitalisés comme les services ou la santé, et une charge domestique qui réduit le temps réellement disponible pour développer l’activité.
Quels sont les dispositifs d’aide au financement spécifiques aux femmes ?
Il existe des leviers dédiés comme la Garantie ÉGALITÉ Femmes (anciennement FGIF), des fonds de garantie régionaux ainsi que des prêts d’honneur attribués par des réseaux spécialisés. Ces dispositifs visent à compenser les difficultés d’accès au crédit bancaire classique.
Sources
- Baromètre 2026 de l’entrepreneuriat des femmes en France – Direction générale des Entreprises et Bpifrance, mars 2026. Lire la source ↩︎
- Observatoire 2026 des entrepreneures – CPME/ Les Alfas de l’économie. Lire la source ↩︎
- Baromètre Infogreffe 2025 Lire la source ↩︎
- Source Femmes Clés ↩︎
- Baromètre « Entrepreneuriat et inégalités de genre » – Créatrices d’Avenir, Initiative Île-de-France, 2025. Lire la source ↩︎
- Baromètre Infogreffe 2025 Lire la source ↩︎
- Bpifrance Le Lab, étude « Entrepreneurs seniors » – Lire l’article ↩︎
- ↩︎



























