Charge mentale de l’entrepreneuse : pourquoi elle pèse plus lourd sur les femmes
Monter sa boîte, c’est une sacrée aventure. Mais quand on est une femme, le sac à dos est souvent deux fois plus chargé.
Pourquoi ? Parce que porter une entreprise ne nous dispense magiquement de rien porter d’autre. Entre le business à faire tourner, la gestion du foyer et les enfants, la fameuse « double journée » n’est pas un mythe. Selon les chiffres (et surtout, la vraie vie), les femmes assument encore la majeure partie des tâches domestiques. Résultat : plus d’une entrepreneuse sur deux confie que sa charge mentale familiale est le frein numéro un à son activité.
Cette pression d’être irréprochable sur tous les fronts, on la porte trop souvent en silence.
Ici, on va plutôt s’installer confortablement avec Sarah Bloyet, fondatrice d’Assistarya, une agence d’accompagnement à 360°. Dans son quotidien auprès des cheffes d’entreprise, elle fait un constat sans appel : côté business, la charge de travail dépasse déjà, à elle seule, ce qu’une journée de 24 heures peut contenir…
Charge mentale ou désorganisation : le faux diagnostic
Une mauvaise organisation peut compliquer le quotidien, reconnaît Sarah. Mais dans la majorité des cas, les entrepreneuses qu’elle accompagne ne sont pas désorganisées. Elles sont surchargées.
Et ce sont deux choses très différentes.
« Les femmes que j’accompagne sont excellentes dans leur métier », explique-t-elle. Le véritable défi, c’est qu’elles essaient souvent de gérer dix métiers à la fois : leur cœur d’activité, l’administratif, les clients, la communication, les ressources humaines, les projets, le recrutement, la gestion financière, le développement de leur entreprise.
À cela s’ajoutent une multitude d’idées, de projets et d’envies. Quand on est passionnée, on a tendance à vouloir tout faire avancer en même temps. Le problème, selon Sarah, c’est qu’aucune méthode d’organisation ne peut compenser une charge de travail irréaliste : « On ne peut pas faire rentrer quinze heures de travail dans une journée de huit heures. »
Le vrai défi n’est donc pas toujours de mieux s’organiser, mais d’apprendre à prioriser. Toutes les tâches n’ont pas la même importance ni le même impact.
Savoir identifier ce qui est réellement essentiel apporte souvent plus de sérénité qu’un nouvel outil ou une nouvelle méthode miracle.
Les signes de surcharge mentale chez l’entrepreneuse
Les premiers signes sont assez faciles à repérer, selon Sarah. La sensation de penser au travail en permanence. Des tâches repoussées depuis des semaines. Ne plus savoir par quoi commencer et passer ses journées à gérer des urgences plutôt qu’à avancer sur ses priorités. Travailler beaucoup et avoir le sentiment de ne jamais en faire assez.
Phobie administrative : un signe qui ne trompe pas
Certaines développent une véritable aversion pour l’administratif, voire une forme de phobie administrative, un phénomène loin d’être marginal : un tiers des Français se déclarent concernés par la phobie administrative, et près d’un jeune actif sur deux. « Ce n’est pas un manque de compétence », précise Sarah. « C’est simplement un domaine qui stresse, qui ennuie ou qui demande une énergie considérable. » Résultat : les tâches s’accumulent, les démarches sont repoussées, et la charge mentale augmente encore.
Charge mentale d’entrepreneuse : les 5 étapes pour retrouver de l’espace mental
Face à une charge de travail qui déborde de partout, la tentation est de vouloir tout réorganiser d’un coup. Sarah déconseille cette approche. Voici, la méthode qu’elle propose à ses clientes.
Étape 1 : identifie ce qui te pèse le plus
« Je leur conseille de commencer simplement : en identifiant ce qui leur pèse le plus aujourd’hui. » Quel est le sujet qui prend le plus d’énergie ? Celui qu’on repousse depuis des semaines ? Celui qui génère le plus de stress ou qui empêche de travailler sereinement ? « Dans la majorité des cas, c’est là qu’il faut commencer. »
Étape 2 : traite un seul problème à la fois
Vouloir tout réorganiser en même temps (les outils, les process, les dossiers, la communication, les clients) crée généralement encore plus de confusion. Sarah recommande de traiter un problème à la fois plutôt que d’essayer de transformer toute son organisation en quelques jours.
Étape 3 : repère les tâches que tu repousses
« J’encourage les entrepreneuses à repérer les tâches qu’elles repoussent systématiquement. » Derrière ces reports se cache souvent une charge mentale importante, un manque de temps, une aversion pour certaines missions, ou simplement le besoin d’être accompagnée. Le report n’est pas un défaut à corriger, c’est une information à écouter.
Étape 4 : clarifie tes process avant de changer d’outils
Avant de changer d’outils, Sarah travaille sur les processus, la circulation de l’information et les responsabilités de chacun.
« Même le meilleur outil du monde ne compensera jamais un manque de clarté ou des procédures inexistantes. »
Elle insiste aussi sur la centralisation : quand les documents, les échanges et les suivis sont dispersés dans plusieurs endroits, la charge mentale augmente rapidement.
Et l’intelligence artificielle dans tout ça ?
« Un formidable outil, mais qui ne constitue pas une solution miracle », tranche Sarah. Elle peut aider à rédiger, structurer des idées ou automatiser des tâches répétitives. Mais quand une entrepreneuse est déjà submergée, les outils IA ne règlent pas le problème de fond : elle devient même une source de complexité supplémentaire si on l’ajoute à un système déjà chaotique.
Étape 5 : centralise ton organisation dans un seul système
« Une bonne organisation ne repose pas sur une excellente mémoire », explique Sarah. « Elle repose sur des systèmes assez fiables pour libérer l’esprit. » De son côté, elle s’appuie sur Google Agenda pour planifier son temps, Google Tasks pour suivre ses actions, Notion pour centraliser informations et procédures et beaucoup de listes.
Quand déléguer : les signaux à ne pas ignorer
À ses yeux, la plupart des entrepreneuses attendent trop longtemps avant de déléguer. Beaucoup pensent qu’elles doivent atteindre un certain chiffre d’affaires, avoir une équipe, ou être complètement débordées avant d’envisager de se faire aider.
La vraie question, selon Sarah, n’est pas « Quand puis-je déléguer ? » mais « Pourquoi est-ce que je continue à tout porter seule ? »
Les premiers signaux sont souvent discrets :
- on repousse certaines tâches
- on travaille le soir ou le week-end plus souvent que prévu
- on a l’impression de penser au travail en permanence
Ces signaux ne sont pas uniquement organisationnels. Ils apparaissent aussi dans le corps : troubles du sommeil, angoisses, boule au ventre, fatigue chronique, irritabilité.
« Le corps finit souvent par envoyer des messages bien avant que l’on accepte de les écouter. »
Sarah parle de vécu. Après son burn-out en 2020, elle est convaincue qu’il vaut mieux déléguer un peu trop tôt qu’un peu trop tard. «
Une entreprise peut toujours se réorganiser. Récupérer après un épuisement profond est beaucoup plus long. »
Un vécu qui n’a rien d’isolé : dans l’étude Willa, 42 % des femmes entrepreneures déclarent avoir déjà traversé un burnout, contre 28 % des hommes.
Faut-il avoir des process parfaits avant de déléguer ?
Idée reçue à évacuer en premier : il n’est pas nécessaire d’avoir des process impeccables avant de déléguer. « Si c’était le cas, une grande partie de mes clientes n’aurait jamais franchi le pas. »
La plupart du temps, les process existent déjà, explique Sarah. Ils sont simplement dans la tête de l’entrepreneuse, qui sait comment accueillir un client ou gérer une demande, sans que rien ne soit formalisé. Son rôle consiste alors à faire sortir ces informations et à les rendre plus claires, plus fluides et plus faciles à transmettre.
Combien coûte une assistante virtuelle et par quoi commencer
Pour identifier la première mission à confier, Sarah invite ses clientes à se poser une question simple : « Quelles sont les tâches qui me prennent de l’énergie alors qu’elles ne correspondent pas à ma zone de génie ? »
« La meilleure première tâche à déléguer n’est pas forcément la plus chronophage, précise-t-elle. C’est souvent celle qui vide le plus d’énergie : l’administratif pour certaines (gestion des e-mails, facturation, relances), la gestion client ou les ressources humaines pour d’autres.
Côté budget, les tarifs d’une assistante virtuelle varient selon l’expérience et les missions confiées. On trouve aujourd’hui des prestations à partir d’une trentaine d’euros de l’heure pour certains profils, tandis que des assistantes plus expérimentées facturent 60 €, 70 € ou davantage. Chez Assistarya, Sarah fonctionne principalement au forfait, pour offrir plus de visibilité à ses clientes.
💡 Avant de te lancer, ça vaut le coup de savoir précisément ce que vaut ton heure de travail : notre article sur la rentabilité en auto-entreprise t’aide à faire le calcul.
Ce qui ne se délègue jamais dans une entreprise
Vouloir tout contrôler a un coût, rappelle Sarah. À force de tout porter seule, on s’épuise, on ralentit son développement et on manque de temps pour les missions qui ont le plus de valeur. La confiance ne se décrète pas, elle se construit progressivement, une mission à la fois.
Cela dit, certaines choses ne se délèguent pas, selon elle.
La vision d’abord : personne ne connaît mieux que l’entrepreneuse elle-même les raisons qui l’ont poussée à créer son entreprise.
Les valeurs ensuite, qui prennent leur source dans sa personnalité.
Et puis il y a l’âme de l’entreprise : cette façon unique d’accompagner ses clients, de créer du lien, de transmettre un message. « Les clientes choisissent souvent une entrepreneure pour ses compétences, mais elles restent pour sa personnalité et sa vision. Cela ne se délègue pas. »
L’objectif de la délégation, conclut Sarah, n’est donc jamais de remplacer l’entrepreneuse. C’est de lui permettre de consacrer du temps à ce qui ne pourra jamais être fait par quelqu’un d’autre.
Sources :
- Panorama de la santé mentale des entrepreneur·e·s, Willa x Harmonie Mutuelle x CSA (2024) https://hellowilla.co/etude-sante-mentale/
- Étude Taskrabbit (1000 femmes entrepreneures) + Insee, citées par LADN https://www.ladn.eu/actualite/charge-mentale-frein-entrepreneunariat-femme/

































